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Conférence de rentrée du CIEDEL - « Deux ans après le Printemps Arabe, des sociétés qui se cherchent...

La conférence de rentrée du CIEDEL s’est tenue sur le thème « Deux  ans après le Printemps Arabe, des sociétés qui se cherchent : quels place et rôle pour les sociétés civiles dans la construction de l’avenir ? ». Pour apporter un regard à la fois stratégique, nuancé et engagé sur ce sujet complexe, le CIEDEL a invité le Professeur Abdallah SAAF, qui a de nombreux engagements et responsabilités dans le monde académique et dans la société civile marocaine.

A_SAAFProfesseur de sciences politiques à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de l’Université Mohammed V de Rabat, Monsieur Saaf a été Ministre de l’Enseignement de 1998 à 2002 au sein du premier gouvernement au Maroc à avoir fait une place à l’opposition. Il est actuellement directeur du Centre des Etudes et Recherches en Sciences Sociales (CERSS) espace de réflexion à statut associatif, qui a à la fois un rôle de think tank (classé comme le meilleur du Maghreb par l’université de Pennsylvanie) mais aussi d’enseignement supérieur, l’Université Mohamed V lui ayant délégué la mise en œuvre du master « management du développement social ». Il a fondé le Forum Civil et Démocratique Marocain (FCDM), qui est un forum social permanent regroupant des personnes physiques et morales impliquées dans le développement social sur tout le territoire national, ayant bien sûr pris part au dernier Forum Social Mondial de mars 2013 à Tunis.

A partir de sa connaissance approfondie des sociétés civiles du Maghreb, il a dressé un état des lieux différencié des situations, en lien avec les contextes historiques et politiques propres à chaque pays. Aujourd'hui, ces sociétés qui étaient perçues comme « immobiles » sous l’autorité d’Etats forts, sont toutes travaillées par l’émergence de mouvements sociaux, la prise de consistance de la notion « d’individu », les revendications pour le respect des Droits de l’Homme, des manifestations, de protestations et confrontations d’ampleurs variables, auxquelles les Etats répondent sur des modes très différents, des réformismes marocain et algérien à la reprise en main de l’armée égyptienne, en passant par le débat constitutionnel en Tunisie.

Pour comprendre ce qui se passe dans cette partie du monde où l’âge moyen est à peine supérieur à 21 ans, il est nécessaire de dépasser la polarisation simpliste entre islamistes et laïcs. Certes, la ligne de partage n’est pas facile à lire car le spectre des positions politiques au sein même de chaque famille peut être très large. Mais elle passe plutôt entre les fondamentalistes religieux - plus ou moins conservateurs, mystiques ou programmatiques - et les autres, partisans d’un Etat stable et capable de concilier des institutions nouvelles apportées par la rupture révolutionnaire et les structures des sociétés traditionnelles.

Ces sociétés civiles ont montré qu’elles sont capables de libérer beaucoup d’énergie. Mais de nombreuses questions, souvent très concrètes, se posent à elles. Par exemple comment porter les questions de parité et de genre, celle de la liberté de conscience ; avec qui faire alliance, quelles institutions construire et quelles modalités inventer pour assurer une démocratie à la fois représentative et participative. Elles ont aussi un ancrage très urbain et auront besoin d’élargir leurs bases sociales et géographiques. Enfin, pour le moment leurs bases juridiques sont faibles. Dans les différents pays évoqués, aucun texte n’en parle ou ne garantit leur autonomie, hormis au Maroc où la Constitution indique que la société civile et les associations doivent participer à la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques. Et là encore, reste à inventer les modalités qui leur permettront de jouer leur rôle.

C’est un des chantiers que le CERSS partage avec le CIEDEL et d’autres membres du PROFADEL, réseau international d’instituts de formation qui ont en commun de mettre au centre de leur action le renforcement des capacités des acteurs de développement, en articulant l’enseignement supérieur, la recherche impliquée, la formation, l’appui-accompagnement, l’expertise et la mise en œuvre d’activités concrètes.